portsall.jpg (83382 octets)Arrive mai 68, ses espoirs, ses pavés... Caradec est à Paris. Au Lycée Henri IV, il prépare Normal Sup. Ce sera autre chose.

Invité par Pierre Brasseur

Retour en Bretagne. Caradec a 22 ans. Cheveux longs et chemise à carreaux. Face aux plages de Brignogan, dans la maison familiale, il gratte la guitare empruntée à sa grande sœur... Et Bob Dylan chantait : « Hey Mister Tambourin Man, play a song for me ». Quand le cinéaste polonais Walerian Borowczyk débarque à Kerlouan pour tourner Goto, l'île d'amour, il accourt. À Pierre Brasseur, qui tient le rôle titre, il expose son cas : il a dans sa besace quelques chansons qui n'attendent que leur interprète.

Au flanc ! Et l'improbable de jouer les outsiders. Brasseur accueille généreusement l'inconnu. On sympathise, on convient de se revoir à Paris dès le film achevé.

Goto, l'île d'amour mérite la parenthèse. Borowczyk, pose alors la première pierre d'une oeuvre cinématographique remarquée, entre surréalisme tourmenté et érotisme lyrique. Une ambiance que l'on retrouvera précisément chez Caradec.

On n'en est pas là. À Paris, il y a Brasseur qui tient ses promesses, les premiers contacts avec le show-biz et les frites de Tante Aline quand danser devant le buffet devient pénible : « Ça n'a pas été facile pour lui au début, se souvient-elle. J'avais une petite échoppe de restauration, je l'ai aidé comme j'ai pu » Concrètement, il est introduit chez Polydor grâce à un certain Reggiani. Entre 1969 et 1972, Caradec y enregistre six quarante-cinq tours. Qui ne décollent pas. Polydor songe à rompre son contrat. In extremis, Jacques Bedos, une figure de la maison, lui obtient un poste de directeur artistique adjoint. En attendant...

« Celui qui a le pouvoir d'aimer »

72, donc. Premier album. Des poésies douces amères servies par une voix qui impose d'emblée sa personnalité : « Mille sarabandes , sur le sable blanc, blanc comme la main, main de mon amour, mourir dans ses yeux, brûler dans son ventre, comme loin des cages, un oiseau qui chante ».[2]

« Il avait des visions poétiques fulgurantes et un art consommé pour les retranscrire », confie Nicole, sa sœur aînée.

Claude Samard, multi-instrumentiste, compagnon de scène et de studio de Caradec à partir de 1975, le confirme: « Jean-Michel était un poète que le flash sur Dylan a conduit à faire des chansons »

Comme le costume d'Arlequin, son talent est polychrome. Caradec, en breton, c'est celui qui à le pouvoir d'aimer... Un gros appétit de vivre associé à un sens de l'humour redoutable l'amène à écrire de tout autres textes. Ceux-là sont pleins de jeunes filles aux cheveux décoiffés, aux seins dressés sous des t-shirts encore froissés. On s'y encanaille sans remord. Et sans égard pour la « flicaille » ou les «jeunes filles de bonne famille ». C’est sensuel, réjouissant, jamais vulgaire.

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