Ma Bretagne quand elle pleut

C'était en Bretagne, en plein été, pendant la tournée avec France-Inter. Il faisait un ciel gris sans nuages, on se demandait bien pourquoi. Ce jour-là, on avait appris la mort de Jean-Michel en écoutant les nouvelles à la radio, et du coup, on s'est mis à penser à la mort alors qu'on n'y pense jamais.
Bien sûr, y'avait le concert à faire et il fallait pas se laisser aller ; fallait tout préparer, répéter le programme du jour, faire la balance, le son, les lumières et tout et tout…
Le spectacle a eu lieu sans que l'on sache vraiment s'il fallait ou non chasser la tristesse qui rôdait dans nos cœurs.
Après le dernier rappel, au moment de saluer, je chantai une de ses chansons comme on agite un mouchoir sur le quai d'une gare, comme on dit au revoir à quelqu'un qui s'en va.
Il y eu un grand silence ; et puis tout le monde a repris la chanson du poète.
Alors le vent s'est levé sans prévenir et la pluie s'est mise à tomber sur nos voix qui montaient.
Personne n'a bougé, malgré le vent, malgré l'averse et quand je suis rentré dans ma loge avec toute cette pluie qui me collait aux yeux, une chanson m'est revenue sur les lèvres qui disaient : "Qu'elle est belle ma Bretagne quand elle pleut".

Francis LALANNE
www.francislalanne.com
(Texte paru en 1982 dans le mensuel
Paroles & Musique et publié avec l'aimable autorisation de la revue trimestrielle
Chorus)

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